L’utilisation de la VoIP en Tunisie a plus que doublé en un an à cause du Smartphone

L’utilisation de la VoIP en Tunisie a plus que doublé en un an à cause du Smartphone

L’Instance Nationale de Télécommunications (INT) a organisé, 20 mai dernier à la technopole Ghazala, et en collaboration avec la Commission Européenne, un séminaire sur la 4G et ce, à l’occasion du lancement de son projet de jumelage avec plusieurs pays européens. Ce projet, d’un montant de 1,2 million d’euros, s’étend sur une période de deux ans (Janvier 2015 – Janvier 2017) et vise à renforcer les capacités et les compétences de l’INT par la conduite de missions de formation et d’assistance technique qui appréhendent les nouvelles tendances internationales dans le domaine de la régulation des communications électroniques et des communications postales.

Les différents intervenants lors de ce séminaire ont parlé des opportunités qu’offre la 4G et son impact sur le pays où c’est déployé. Frederic Bokobza (DGE France), a déclaré que la 4G en France a connu un tel engouement que l’Etat a décidé de réserver dès cet été, la fréquence 700 Mhz pour la LTE. Il basculera, de ce fait, la Télévision Numérique Terrestre (TNT) sur des fréquences plus basses. Notons que l’Union Internationale des Télécommunications (UTI) se réunira vers la fin de cette année pour décréter la 700 Mhz comme bande de fréquence exploitable pour la 4G.

Mais quid de la Tunisie qui s’apprête à lancer l’appel d’offre international pour l’octroi de licence d’exploitation de la 4G en Tunisie d’ici le 31 décembre 2014 ? Certes, l’INT a consulté tous les acteurs du marché sur les modalités d’octroi de la LTE en Tunisie (et dont le résultat a été publié en ligne, voir notre article), mais il reste, tout de même, une zone de turbulence : La neutralité du réseau par rapport au contenu.

Et pour cause : Nous vivons actuellement une vraie révolution sur Internet où les fournisseurs de contenu sont devenus plus importants que les grand opérateurs réseau dans le monde (allant du simple opérateur téléphonique jusqu’au fournisseur de la connectivité internationale à l’instar de Level 3 ou Interroute). La preuve : Le géant Google commence déjà à déployer sa fibre à très haut débit dans quelques zones de test aux Etats Unis. Sans mentionner son projet de Ballon Connecté (projet Loon).

Or, c’est grâce à ce contenu que ces géants arrivent à gagner beaucoup d’argent. Cependant, les opérateurs télécoms ne font que dépenser encore plus sur l’amélioration de la capacité réseau afin qu’ils puissent absorber cette quantité de donnée. Rien qu’avec les communications voix classique (qui sont très profitables pour l’opérateur), les recettes ne cessent de fondre.

«Depuis qu’on a lancé la 3G, nous avons remarqué que le volume du trafic VoIP à plus que doublé en un an», a affirmé Fadhel Kraiem, DGA de Tunisie Telecom lors de la table ronde sur la Net Neutrality et la 4G. «Depuis septembre 2013 jusqu’à aujourd’hui, la pénétration du Smartphone a doublé. Ce qui veut dire que l’utilisation de la VoIP va encore augmenter d’une façon exponentielle. C’est un manque à gagner qui se chiffre en 100aines millions de dinars par an. Nous sommes maintenant dans une spirale concurrentielle mal saine sur la voix classique. C’est peut profitable pour le client. Mais c’est un produit qui commence à perdre de la valeur face à la VoIP».

Or, la VoIP est aussi un contenu Internet qui nécessite beaucoup de ressources en termes de qualité de réseau. C’est ce qu’on appelle un service Over The Top (OTT). «Il y a des services qu’on peut fournir avec le Best effort comme le téléchargement des fichiers. Mais il y en a d’autres sur lesquels on doit investir pour assurer une bonne QoS, telle que la voix ou le streaming», a remarqué à juste titre le DGA de Tunisie Telecom. «Si on ne faire rien pour trouver un écosystème plus équilibré, le gagnant sera l’OTT et l’opérateur sera le plus grand perdant», a-t-il conclu. Rappelons qu’en Europe certains opérateurs comme le groupe Orange a réussi à faire payer Google une sorte de subvention pour combler le manque à gagner.

Mais Slim Amamou, membre du Parti Pirate, grand défenseur de la Net Neutrality et ex-Secrétaire d’Etat en 2011, n’est pas d’accord avec les déclation du DGA de TT. «Pour les opérateurs, il y a un schéma simple. Au lieu de faire payer par type d’utilisation (option facebook, etc.), on facture sur la base de la bande passante. Celui qui consomme plus, il paye plus», a-t-il contesté. Slim Amamou pointera ainsi du doigt l’écosystème classique des opérateurs qui se repose sur la vente de l’accès au lieu du service à valeur ajoutée, et notamment le contenu. Chose qui sera encore plus problématique avec l’explosion du Cloud et de l’Internet of Things (IoT).

En plus clair, l’Etat doit prendre sa responsabilité pour sauver le Net tunisien et surtout les opérateurs en prenant des mesures qui vont favoriser l’émergence d’un nouvel écosystème, surtout grâce à l’hébergement du contenu sous nos cieux.

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