Pourquoi les banques tunisiennes ont-elles peur de la carte internationale technologique ?

Pourquoi les banques tunisiennes ont-elles peur de la carte internationale technologique ?

 
Le ministère des TIC et de l’Economie numérique a organisé un déjeuner-débat dans un hôtel du centre ville de Tunis jeudi 30 avril dernier pour parler de la carte technologique avec les professionnels du secteur bancaire. Plusieurs PDG et DG de ces banques ont assisté et à leur tête Habib Ben Saad, Président de L’Association Professionnelle Tunisienne des Banques et des Etablissements Financiers (APTBEF), ainsi que le représentant de la Banque Centrale de Tunisie Ali Kdhai.

Au début du déjeuner débat, le ministre des TIC et de l’Economie numérique, Noomen Fehri, a présenté rapidement le programme de son ministère, surtout dans le cadre du projet Tunisie Digitale 2018. Mais il a annoncé que son équipe travaille déjà sur un plan de développement du secteur s’étalant sur 4 ans : 2016 – 2020. Il a abordé par la suite le sujet de la carte internationale technologique qui sera lancée le 15 mai prochain grâce aux banques.

M. Fehri aura beau à expliquer avec verve et beaucoup d’énergie le potentiel de nos jeunes et du TIC en général dans le développement économique, beaucoup de présents (notamment les professionnels du secteur bancaire) étaient réellement déconnectés (pour ne pas dire nonchalants). Les remarques négatives, d’ailleurs, ne se sont pas faites attendre de leur part, bien qu’elles aient été exprimées dans un langage diplomatique en avançant l’argument «nous allons soutenir ce projet pour le bien de notre pays».

 

Ce que craignent ces banques ? Lancer un produit qui sera réellement vendu à perte. C’est ce qu’on pouvait du moins comprendre dans les insinuations de plusieurs banquiers sceptiques. Pour eux, les développeurs/ingénieurs/techniciens d’Internet seraient aussi frivoles qu’un ado qui manque de maturité. Les risques avec ce genre de population seraient, pour eux, énormes.

L’un d’eux s’est étonné des critères d’octroi de cette carte (avoir au minimum le bac ou un certificat de formation équivalent avec possibilité de dérogation spéciale par décision du ministère). «Or le lancement d’un projet nécessite forcément du matériel, des machines, etc.», a-t-il lancé devant le ministre.

On l’a bien compris. Pour beaucoup de banquiers, une Startup c’est une usine dans laquelle il faudra installer des machines technologiques et recruter de la main d’œuvre. Et donc, là encore, la banque encoure des risques avec des projets qui ne paraissent guère solides.

D’autres iront jusqu’à contester la circulaire de la BCT qui demande à ce que la banque envoi un rapport mensuel. «C’est une carte technologique, pourquoi ne pas la rendre virtuelle ? Pourquoi nous demande-t-on qu’on leur délivre une carte à puce ?», s’est demandé un autre banquier dont les charges de lancement de cette nouvelle carte semblent être difficilement remboursables avec ce nouveau type de clientèle.

Devant ces préjugés et stéréotypes, Taher Mestiri, membre fondateur de la communauté TunAndroid -et le réel précurseur de cette carte sur laquelle il a travaillé depuis 2013 avec le ministre des TIC à l’époque Mongi Marzoug- n’a pas pu se retenir. Assis au fond de la salle, il attendu la fin des interventions des banquiers pour prendre la parole : «En 2013, la Tunisie a été classée numéro 2 à l’échelle mondiale après les Etats Unis en termes d’activités parmi les Google Developper Groups (GDG). En 2014, lors du Mobile World Congress une équipe d’ESPRIT a raflé 5 grand prix dans un concours de développement international. J’ai entendu que vous êtes là pour soutenir la carte. Mais croyez moi messieurs que cette carte là va vous apporter plus de business et non une faveur que vous donnez aux jeunes.

 

«On génère énormément d’argent grâce au développement mobile. Il y a des opportunités que nous sommes en train de rater. Il y a des développeurs qui gagnent 25 mille dollars par mois mais qui sont à l’étranger. Ils les gagnent donc au noir. J’ai entendu des personnes dire ‘à quoi ça sert cette carte si la majorité de nos jeunes sont sur facebook’. Je leur répond, mais que voulez-vous qu’ils fassent à part ça puisqu’ils ne peuvent pas lancer leur business de développement sur Internet ? Nous sommes un tout petit pays. Notre pays est un exportateur de service et de savoir faire. La carte technologique c’est l’autoroute qui va nous permettre de créer une nouvelle économie numérique», a-t-il conclu.

Sur la question des rapports que la banque doit envoyer mensuellement à la BCT au sujet de ces cartes, un des représentants de la BCT présent dans la salle a expliqué que ce projet est expérimental et que l’envoi de ces rapports permettra à la BCT de modifier, si nécessité y est, les conditions d’octroi de cette carte. La BCT pourra, donc, avoir des données chiffrées sur les entrées d’argents en devise générés grâce à elle.

A la fin du déjeuner-débat, et avant de remercier les présents, le ministre des TIC et de l’Economie numérique a tenu à saluer la Banque Tunisienne de Solidarité (BTS), un fond d’amorçage des entreprises et des petits projets, qui a décidé de réserver un budget de 10 millions de dinars aux startups. «Lorsque j’ai discuté avec la BTS sur les moyens de soutenir les startups, on m’a fait comprendre que la banque trouvait des difficultés dans le traitement de tels dossiers à cause de leur manque d’expertise en la matière. C’est pourquoi la BTS a décidé de créer un comité composé par la BTS, des experts en TIC et des membres de la société civile qui vont l’aider à mieux comprendre les projets à caractère TIC. Je tiens vraiment à les remercier pour cette belle initiative», a conclu le ministre.

Notons que le ministère lancera dans les jours à venir un vaste programme de formation des chômeurs qui n’ont pas de diplôme technologique afin de les recycler en développeurs d’applis mobiles. Le programme touchera dans sa phase de test 1000 chômeurs et sera financé par le fond des TIC. Nous y reviendrons.

Welid Naffati

Source THD

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